Direction Claude Chambard
« J'ai toujours tenté dans mon propre travail de rendre hommage à ceux par qui je me sentais attiré, de mettre pour ainsi dire chapeau bas devant eux, en leur empruntant une belle image ou quelque formule particulière, mais c'est une chose de faire signe à un collègue qui s'en est allé, et c'en est une autre d'avoir le sentiment que l'on vous en a adressé un, depuis l'autre rive. »
W. G. Sebald, « le Promeneur solitaire » in Séjours à la campagne, traduit de l'allemand par Patrick Charbonneau, Actes Sud, octobre 2005.
L'autre. Le grand autre.
Entre le besoin et le désir. Le désir de l'Autre. Dans le manque évidemment. Car c'est du manque que surgit la littérature.
La littérature en puissance dans l'autre. La fiction de l'auteur et de son autre.
La mise en chemin (en fiction) vers l'autre. De et vers l'autre rive.
L'autre. L'alter en nous.
Frank, le lapin de Donnie Darko, le doudou de l'enfant, le personnage de roman qui nous accompagne toujours, l'écrivain qui ne nous quitte jamais, la figure mythique, la personnalité que chacun connaît mais que « je suis seul à aimer comme ça».
Politiques de l'amitié : l'autre, et jusqu'à ce qui ne porte pas de nom humain.
Écrire, il le faut. Donner à l'autre ce qui nous constitue, écrivant, écrivain, lecteur, dans le giron de l'autre qui nous permet de ne pas sombrer.
Écrire vers la rencontre, avec l'autre, le lecteur, le monde qui ne nous attend pas, qui ne nous demande rien.
En prose. Dans une prose où l'autre emplira nos yeux, de son absence, de sa présence, du pire essoufflement de soi au souffle prodigieux de l'autre - et inversement - pour nous sauver de la fin d'un monde.
Dans la trace, dans la capacité à ne pas perdre la mémoire, à garder en mémoire, jusqu'à la parole « mythique » de l'autre qui s'incorpore dans l'écriture.
Une carte postale, peut-être... Une histoire d'amour, à coup sûr. D'une rive l'autre.
En prose. Mais dans une prose qui invente sa langue , qui prend le risque de l'autre, donc de l'inattendu. L'écrivain est celui qui à l'injonction de suivre la route, s'en écarte et prend d'autres directions, celles qui ne sont pas programmées.
« Si tout est programmé, rien n'arrive. », écrivait Jacques Derrida.
Les auteurs d'Alter & Ego ne l'oublieront pas.