Encore un article sur le numérique dans la newsletter des In8, nous direz-vous ? Ils deviennent fatigants, ces éditeurs... Rassurez-vous, nous aussi, nous en avons ras-le-bol du numérique. On ne parle plus que de cela dans la presse papier ou numérique professionnelle, nos partenaires et confrères n'ont que ce mot à la bouche, « numérique », « numérique », on s'agite, on brasse les mots et l'air, bien souvent sans avoir quelque idée de ce qu'on en fera, de ce numérique, hélas... Ce n'est pas sans inquiétude que nous constatons combien tout le monde se préoccupe soudain du support, de la manière, des « procédures » et de « l'encadrement juridique ». Disparait, sous ces élucubrations, la question du fond. Une édition numérique ? Fort bien, mais l'édition de quoi ? Quel texte ? Quelle création ? Il nous semble parfois que les auteurs se posent la question du mode d'exploitation avant même de savoir ce qu'ils vont écrire ou ce qu'ils ont à dire. Que les éditeurs parlent avenants aux contrats et protection des DRM avant même de se demander quels contenus ils veulent faire exister. Alors, trêve estivale, pour nous, et boudons pour quelques temps ces infernaux débats !
En ce mois de juin, à l'atelier In8, ça sent l'encre et le papier, la colle et le vernis sélectif. On imprime des livres sur des grosses machines, on reçoit de jolis cartons au kraft garanti 100% sylvicide, on glisse les services de presse sous enveloppe avant le passage du facteur. C'est pas écologique pour deux sous et très « old style ». Fastidieux parfois, avouons. Il faut croire que nous aimons cela...
Vous allez croire qu'on se paie votre tête, parce qu'au même moment, on met en ligne un splendide site internet tout neuf qui présente nos éditions, avec boutique en ligne qui plus est, mazette ! Sauf que l'objectif du site, c'est de fournir aux curieux le plus d'informations possible sur nos jolis livres imprimés. Un catalogue plus fourni, plus consultable, plus attrayant. Quant à la boutique en ligne, elle vise à rendre disponibles les mêmes imprimés auprès de ceux qui veulent les ajouter à leur bibliothèque, mais qui, pour une raison ou une autre (parce qu'ils habitent Vladivostok où les librairies francophones ne sont pas légion, parce qu'ayant perdu tous les points de leur permis de conduire ils ne peuvent rendre visite à leur libraire, etc, etc...) ne peuvent aller les commander chez le bon libraire du coin. [Note à l'attention des libraires-amis qui défendent les livres In8 : cette initiative ne vise pas à vous faire de l'ombre, loin de là, mais nous sommes au regret de vous annoncer que nous développons un ulcère dès que les diffuseurs-distributeurs les plus « littéraires » et exigeants confessent que leur premier client demeure, de loin, les gros marchands de livres numériques. Note à l'attention des lecteurs : si vous avez près de chez vous un bon libraire, allez acheter les livres In8 chez lui. Vous ne les paierez pas plus cher qu'ailleurs, et plutôt moins, même, que sur la boutique In8 en ligne, puisque vous économiserez les frais de port]. Ce nouveau site et cette boutique en ligne, donc, visent pour l'heure à rendre plus accessibles et visibles nos bons petits livres-papier.
En parallèle, nous sommes sur le point d'inaugurer un autre site internet, qui sera dédié, cette fois, à la nouvelle. Chose étrange en effet, alors qu'on indique partout que la révolution du web a induit de nouvelles pratiques d'intelligence, qu'elle aboutit petit à petit au fait que nous fractionnons nos temps de lecture, grappillant ça et là un texte toujours plus bref, un article, une nouvelle, une actu, circulant à saut et gambades d'un site à un autre, la fiction brève est toujours aussi peu considérée, en France, et il n'existe pas de site internet qui dispose une information quelque peu généraliste sur cette forme d'écriture. Bien sûr, ça et là, vous mettrez bien la souris sur un blog, un site d'éditeur ou d'auteur, une association, que sais-je encore, qui y consacre un peu d'attention. Mais nulle part nous n'avons trouvé de site fédérateur qui publie du contenu un tant soit peu actualisé sur la chose. Nous tenterons donc, sur liredesnouvelles.com, de rassembler comme nous le pouvons quelques éléments, et si notre contribution demeurera, sans doute, imparfaite et lacunaire, elle constituera un modeste apport que d'autres, peut-être, viendront augmenter...
L'ère du web-médiatique questionne notre rapport à la mémoire. Le scenario ne ressortit plus à la science-fiction, en vertu duquel les contenus deviendraient subitement inaccessibles parce qu'une grosse entreprise internationale d'hébergement ou de référencement internet, en situation monopolistique, les supprimerait de ses bases de données, ainsi que l'illustrait il y a peu le « cas » 1984 : le roman de Georges Orwell est devenu indisponible plusieurs jours durant sur le kindle d'Amazon, parce que l'hébergeur en avait unilatéralement, et sans prévenir, supprimé l'accès. Nous avons deux remparts pour préserver l'intelligence : la mémoire du papier, qui paradoxalement assure peut-être plus de pérennité aux œuvres de l'esprit que la numérisation dans un dispositif économique où les accès aux contenus sont concentrés, et que peuvent relayer les lieux de conservation que sont les bibliothèques (papier ou numériques), et la mémoire du lecteur qui, pour s'attacher, parfois, à des contenus brefs, peut être longue... et rester d'autant plus « vive » que la lecture aura été percutante, marquante, déterminante. Alors, lisons de bonnes choses, des textes essentiels, aussi brefs soient-ils, lisons ! |